Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

nekoblog > /dev/null

« J'ai été en prison pour ma cause. Et vous ? »

Ce texte est une traduction par mes soins de l'article intitulé 'I went to jail for my cause. What did you do?' publié le 11 décembre 2014 sur Wired par Peter Sunde, co-fondateur de The Pirate Bay. Notez que je ne suis pas traducteur et qu'il doit forcément y avoir quelques formulations maladroites, mais je suis tout prêt à corriger si on me les signale.

Il y a un certain nombre de choses dans ce texte avec lesquelles je ne suis pas tout à fait d'accord, mais je trouve tout de même son point de vue intéressant. On sent le ras-le-bol qu'il a de ces gens qui ont tendance à donner des leçons tout en restant confortablement installés derrière leurs écrans d'ordinateur.

Bref, reste que si l'article vous a rendu curieux, je ne peux que vous conseiller le documentaire TPB AFK - The Pirate Bay Away From Keyboard (sous-titré en français).

Toutes les notes en fin de page sont des commentaires personnels.

EDIT : Erf, on vient de me signaler que Framablog en avait déjà fait une traduction -> Qui agit pour nos libertés numériques ?. Tant pis. :s

Peter Sunde

Il y a des moments importants dans la vie où vous sentez que les choses changent profondément. Un diplôme. Votre premier baiser. L'écriture de votre premier livre ou la publication de votre premier article scientifique. La mort d'un proche. Le premier client de votre propre entreprise. Certains semblent plus insignifiants que d'autres mais ils ont tout de même changé votre vie.

Aujourd'hui, je ressens quelque chose de similaire. Le sentiment qu'on a atteint une masse critique. Une masse critique de personnes en colère contre l'état actuel d'internet, nan, contre l'état actuel de surveillance massive d'Internet et de ce que qui peut en découler pour le monde. Une masse critique de personnes qui ont finalement compris que nous nous dirigions vers une "démocratie médiatique"[1] avec peu d'implications de nos pairs. The Pirate Bay a été débranché. La première chose qui a préoccupé les gens, c'est que demain, ils devront télécharger leur émission préférée ailleurs. Ils y ont réfléchi un peu plus et ont conclus qu'on s'approchait dangereusement d'une pente glissante. Ils ont compris que ça pourrait vouloir dire que les contenus alternatifs ne pourraient jamais être aussi difficile à trouver, voire ne plus être trouvé du tout. Ils ont compris que les langoliers sont en train de nous rattraper plus vite que nous le pensions. Ils ont compris que cette centralisation d'Internet, cette poignée de services centralisés, qui pour la plupart appartiennent à des sociétés hébergées dans un seul et même pays, un pays qui ne se soucie pas des frontières quand il s'agit de ses propres intérêts, n'était pas une bonne idée. Un mouvement se forme. Un mouvement loin de tout ça. Et demain, quand vous vous réveillerez, il y aura des tas de gens, peut-être un million, qui verront un groupe Facebook qui s'intitule "cesser de détruire Internet" ou "rendez-nous notre Pirate Bay". Ils cliqueront sur "J'aime" et ils se sentiront fier. Ils l'auront finalement fait. Ils auront stoppé la destruction d'Internet[2].

Honnêtement, j'ai l'impression qu'on en est vraiment là. J'ai le sentiment que près de la totalité des internautes pensent que ce n'est pas leur problème et que quelqu'un d'autre s'en chargera. Et ce ne sont pas juste les événements récents de Pirate Bay qui me font dire ça. C'est quelque chose que j'observe depuis longtemps. En réalité, il ne reste qu'une poignée d'activistes qui font vraiment quelque chose. Mais nous n'avons pas assez de fonds, nous vieillissons et nous devenons paresseux. Nous essayons de travailler méthodiquement tout en gardant une vie de famille, nos petit(e)s ami(e)s et nos carrières. Beaucoup des meilleurs activistes finissent par travailler à plein temps dans des organisations comme l'EFF[3] qui peuvent financer leur travail. C'est la communauté elle-même qui finance ces organisations et elle a donc le sentiment que si elle le fait, tous ces activistes formidables vont résoudre ces problèmes à leur place.

Nous avons arrêté ACTA. Nous avons arrêté SOPA, PIPA. Nous travaillons en ce moment pour arrêter TTIP[4]. Nous avons des nôtres au parlement. Parce que c'est comme ça que nous travaillons. Internet est devenu grand public. Nous ne pouvons pas être désorganisé et faire tout ce qui nous chante. Nous avons besoin d'être ordonné. Nous devons écouter les autres. Ce n'est plus le far west. Donc, nous attendons notre tour. Nous discutons. Pendant ce temps, nos adversaires grossissent et se renforcent. Ils ont déjà corrompu leurs vieux politiciens pour arriver plus vite à leurs fins. Nous jouons sur leur propre terrain. Nous avons fait beaucoup plus que quiconque et nous avons vraiment besoin de remplir nos gamelles.

Au même moment, il y a plein d'accords du genre ACTA/SOPA/PIPA/TTIP que nous ne connaîtrons jamais. Lorsque nous en arrêtons un, trois passent inaperçus. Nous sommes toujours en lutte contre la rétention des données malgré notre victoire à la Cour suprême européenne. C'est une histoire sans fin.

Nous avons nos propres célébrités. Nous avons Wikileaks. Nous avons Snowden. Nous avons Manning. Nous avons Aaron Swartz. Certains sont morts, d'autres sont en prison à vie. D'autres se cachent de peur pour leur sécurité personnelle. Les informations que ces gens ont révélé, ce pourquoi ces gens se battent, sont des causes majeures. Liberté d'informer. Liberté tout court. Démocratie. Transparence gouvernementale et respect des procédures légales. Ces choses que nous tenons pour acquis, sont la base pour une société sûre et moderne. Nous en parlons beaucoup. Nous sommes contrariés. Nous pleurons, nous crions. Nous protestons parfois. Nous avons nos T-shirts. Nous avons nos symboles. Nous avons nos masques[5], nos conférences. Nos débats. Nous avons une certaine attention du public. En général, les gens nous aiment. Nos adversaires sont de vieux bâtards gras et putassiers. Ce sont majoritairement de riches américains. Ils sont corrompus. Ils sont faciles à haïr. Tout est comme un bon vieux film hollywoodien. Le type de films que ces hommes font pour se faire l'agent avec lequel ils nous combattent.

Mais le cinéma nous a appris que les gentils gagnent à la fin. Et nous savons qui sont les gentils. Nous savons que nous avons des droits. Nous savons que nous sommes protégés par la loi. Nous avons aussi compris que la loi ne pouvait pas vraiment nous protéger si les méchants en avaient après nous. Mais nous n'avons rien fait de mal, donc nous ne sommes pas inquiet.

Des journalistes me contactent tous les jours. La plupart sont intelligents, bien éduqués et très compétents. Ils sont protégés parce qu'ils sont journalistes. Dans la plupart des pays, ils peuvent protéger leurs sources légalement. Ils ont lu tous les documents de Manning. Ils ont lu ce que Snowden avait fuité. Ils sont au courant de la surveillance de masse d'internet par la NSA. Au fond de leur esprit, ils font partis des gentils. Mais pour eux, PGP c'est juste un truc chiant à s'arracher les cheveux. Et puis Gmail est si facile à utiliser, ça fonctionne partout. Ils n'ont jamais eu des problèmes avant. Et ils ne veulent pas finir aussi paranoïaque que Glenn Greenwald[6].

Je ne suis plus invité aux fêtes. Ce n'est pas parce que je suis chiant - bien au contraire - d'habitude, je suis plutôt le gars fun qui divertit les gens avec des histoires de fou, je suis le clown bizarre qui vous raconte tous les trucs dingues qu'il a vécu. J'ai rencontré le président du Brésil, j'ai été en prison avec des tueurs et des dealers. Mais ça les fait tellement chier que je ne sois pas sur Facebook, que quand quelqu'un organise une fête, ils pensent qu'un autre va penser à m'inviter. Et tout le monde pense que quelqu'un d'autre l'a fait. Pour eux, que je ne sois pas sur Facebook, c'est de la paranoïa.

Je suis toujours en colère contre certains de mes collègues. Ils sont si difficiles à joindre. La plupart d'entre eux n'ont pas de téléphones portables. Nous devons décider d'une heure et d'un lieu pour se caler sur un tchat chiffré, parce qu'ils ne veulent pas être tracés. Je ne serai pas prévenu si ils ont du retard. Quelques fois j'ai du attendre 6 ou 7 heures parce que leurs trains/bateaux/voitures ont eu des problèmes. Qu'ont-il en tête en essayant d'être anonyme ? Je ne veux pas finir comme eux, ils sont trop paranoïaques. Je pense que mon téléphone n'est pas sur écoute, je ne suis pas quelqu'un d'intéressant. Et le fait que je connaisse beaucoup de personnes qui pourraient intéresser certains gouvernements ne veut dire pas qu'ils vont chercher à obtenir un mandat pour me mettre sur écoute[7].

Hier, j'ai lu beaucoup de commentaires dans les nombreuses discussions à propos de ce que j'ai dit, que je souhaitais que The Pirate Bay soit fermé pour de bon, pour que quelque chose de nouveau puisse émerger. Quelque chose de nouveau et de frais. Pour tous ces commentaires si perspicaces, je suis bien trop paresseux et je devrais faire quelque chose au lieu de me plaindre de la merde qu'est devenu TPB. Je devrais ouvrir un nouveau site plutôt que de laisser pourrir TPB. Ils veulent que je leur rende la monnaie de ce qu'ils m'ont envoyé pendant que j'étais en prison pour mon activisme. Je suis une merde de ne pas leur rendre TPB. Je suppose que ces mecs à l'orthographe irréprochable (oui, ce sont tous des mecs) sont tous d'autres militants qui font leur part pour cette communauté libre et ouverte. Si c'est le cas, je dois me tromper, nous ne sommes pas qu'une poignée, il y a apparemment des dizaines de milliers de personnes en train de bosser sur des trucs importants que je devrais apprécier.

Peut-être que mon sentiment d'étape marquante n'est rien d'autre qu'un accès de colère contre la part pourrie, paresseuse et naïve de notre communauté. Peut-être que je ne cherche qu'à troller. Mais hey. J'ai été en prison pour avoir défendu ma cause et vos émissions de télé. Et vous ? Qu'est-ce que vous avez fait ? Vous voulez que je vous rendes les copies de 1984 d'Orwell ? Je vais prendre une copie des 25 que j'ai reçu lors de mon séjour en prison et vous la renvoyer. Peut-être que vous le lirait au lieu de l'envoyer à quelqu'un qui se soucie déjà de ces problèmes.

Notes

[1] Je suis pas sûr de ma traduction, mais je suppose que le terme de broadcast democracy fait référence au livre Post-broadcast Democracy de Markus Prior

[2] Je comprends complètement ce point de vue, mais pour une certaine frange de la population, faire plus n'est pas évident.

[3] L'Electronic Frontier Foundation, une organisation non gouvernementale à but non-lucratif qui se bat pour la liberté d'expression sur Internet, l'équivalent américain de notre Quadrature du Net

[4] Plus connu sour le nom de TAFTA

[5] Je suppose qu'il fait référence au masque de Guy Fawkes

[6] Glenn Greewald est le journaliste politique qui a publié les révélations de Snowden.

[7] Ouais, enfin Snowden nous a bien démontré qu'ils ne se prenaient pas la tête avec des mandats...

Vroom vroom 2.0

Sortez votre plus belle paranoïa, voici l'instant "prenons conscience que nos données personnelles ne sont pas limitées à nos kikoololeries sur Facebook".

Je me faisais la réflexion ya peu quand Korben parlait d'eCall et Laurent Chemla le souligne dans un tweet récent mais je suis persuadé qu'une des prochaines étapes de la sécurité routière, ce sera le signalement aux autorités, en temps réel, de nos excès de vitesse. Imaginez, le gouvernement n'aurait plus besoin de mettre en place et d'entretenir de coûteux radars sur le bord des routes. Votre conduite serait surveillée en permanence et au moindre écart de votre part, même minime, votre smartphone enverrait, dans l'instant, l'heure, la vitesse, le lieux de l'effraction à un centre de donnée national qui redirigerait vers votre préfecture qui vous ferait suivre un joli recommandé à votre domicile.

De la science-fiction ? Non. Techniquement, il n'y a rien d'extraordinaire, votre smartphone est équipé d'un GPS et il est constamment connecté au réseau. En voyant des trucs comme "Pay as you drive" ou eCall, je suis persuadé que certain y pense déjà.

Alors, vous allez peut-être me répondre que "trop gros, trop intrusif, passera pas", qu'il y aura des gens pour lever les boucliers à votre place et que vous n'aurez du coup pas à vous soucier de ça. Oui, assurément il y en aura des levés de boucliers. Mais quand on pense que ça fait 20 ans qu'un mec comme Richard Stallman se fait traiter de parano en alertant sur les problèmes de vie privée et de surveillance, et quand on voit où on en est à l'heure actuelle avec la NSA, quand on voit la manière dont on laisse Google s'introduire dans nos vies privées. Le "ça se passera jamais" hein. Pis bon, c'est pas comme si TomTom n'avait pas déjà vendu des données de ses GPS au gouvernement néerlandais. Le tout, pour nos gouvernement, c'est d'amener ça avec parcimonie, sur la durée. Vous connaissez l'allégorie de la grenouille ?

En fait, nan, ce ne sera peut-être pas votre smartphone qui le fera, mais sûrement votre future voiture connectée bardée de capteur. Vos smartphones et vos GPS, c'est pas drôle vous pouvez les éteindre (même si un smartphone n'est jamais complètement éteint sans enlever la batterie). Pis eCall pourrait être un excellent cheval de Troie pour amener ce genre de feature dans nos voitures. Ce serait du même acabit que la surveillance généralisée sous couvert d'une éternelle chasse aux pédo-nazis terroristes. Vous savez le traditionnel "c'est pour votre bien".

Ça va être fun le vroom vroom 2.0.

Mes photos personnelles n'ont rien à foutre sur les serveurs d'une entreprise américaine

J'ai un compte Facebook, je m'en sers et j'en suis pas spécialement fier.

Pourtant, je ne suis pas un utilisateur très actif, je ne partage quasiment rien de ma vie privée, ni photos personnelles, ni géolocalisation, ni messagerie instantanée, quasiment aucun statuts 3615MyLife et pourtant, par mes quelques j'aime, par mes quelques commentaires, par mes quelques messages privés, par les personnes avec qui j'interagis, par les lieux d'où je me connecte, par les quelques liens que je partage et par toutes les données que Facebook collecte en sous-marin, Mark Zuckerberg (le fondateur de Facebook, nda) en connaît un rayon sur moi. Et ça me file des ulcères de lui filer autant de données personnelles.
Et encore, heureusement que des extensions comme Ghostery permettent de limiter la surveillance des sites que je visite en dehors de Facebook.

Sincèrement, je trouve que Facebook est un outil formidable pour rester en contact et interagir avec son entourage. J'adore ce système de "j'aime". Ça parait futile (et ce l'est certainement) mais cliquer sur "j'aime", pour ma part, c'est aussi envoyer un signe d'intérêt à une personne que j'apprécie, c'est aussi envoyer un "hey, j'suis content de suivre ton actu". FB a ce truc en plus du mail qui s'apparente plus à des échanges autour d'une grande table qu'à un échange de courrier. J'aime cette interaction plus casual que procure Facebook avec les gens que je connais personnellement.

Mais voilà, je me sens tenaillé entre mon envie de partager, de papoter, d'avoir des news de mon entourage et mon envie de quitter cet ogre gargantuesque.

separateur.gif

On m'a plusieurs fois rétorqué, sur FB ou ailleurs, que « de t'façon, on est tous fichés » et que « c'est quand même mieux de voir ses amis en vrai que dans un monde virtuel », comme si c'était mieux avant, et que la solution était, en filigrane, de ne plus se servir d'internet. Bah oui tiens, évidemment que c'est mieux de voir ses amis IRL [1], mais quand ses mêmes amis déménagent à plusieurs centaines voir plusieurs milliers de kilomètres de chez soi, c'est tout de suite moins facile de se retrouver autour d'une bière ou dix pour l'apéro. Facebook donne un peu cette impression d'avoir toujours ses amis à porter de clics. Et c'est quand même une petite révolution ça. Et puis, ne plus se servir d'internet, c'est baisser les bras et faire une croix sur un outil qui est quand même bien pratique.

Alors, oui, on a certes beau être fiché depuis un moment, il y a pourtant une différence fondamentale avec la situation pré-surveillance massive. Là où votre médecin, tenu par le secret professionnel, était l'un des seuls, hors proches, à connaître vos problèmes de santé, là où votre supermarché habituel connaissait quelques une de vos habitudes de consommation, là où votre opérateur de téléphone était l'un des seuls à connaître vos contacts réguliers, nous sommes désormais dans une société où de grosses compagnies comme Google ou Facebook connaissent tout de nous, parce que nous leurs offrons sur un plateau un volume gargantuesque d'informations, et nous les leur offrons volontairement. Ça pourrait paraître anodin mais ça fait une différence fondamentale entre la situation où nos informations personnelles étaient décentralisées et cette situation actuelle où le croisement des informations n'est quasiment même plus à faire. C'est comme ça qu'on a aboutit à une surveillance de masse de la part de la NSA et de ses complices.
La Stasi en rêvait, Google et Facebook l'ont fait.

"Don't be evil"[2] qu'ils disaient.

separateur.gif

Je passe volontairement sur les arguments classiques du "j'ai rien à cacher" et "c'est pour notre sécurité". Je vais pas m'étendre là dessus ici, ces 2 arguments méritent une bafouille complète que je ferais plus tard.

Mais pour ma part, j'ai du mal à comprendre ce fatalisme ambiant quand j'évoque ces sujets. Je veux dire, on sait depuis un moment que Facebook a été financé par un fond d'investissement privée lié à la CIA dans une sphère où l'on peut côtoyer des entreprises comme Palantir. Pour le coup, ce n'est même pas du conspirationnisme primaire que de dire que Facebook a été poussé à la popularité pour la surveillance de masse quand sait que In-Q-Tel (ce fameux fond d'investissement) sert à, je cite Wikipedia, « repérer et financer des entreprises concevant des technologies commerciales originales pouvant être adaptées à la communauté américaine du renseignement »[3] et Snowden nous l'a prouvé au cours des derniers mois. On comprend mieux pourquoi Zuckerberg pense que le concept de vie privée est périmé et on rigole (jaune) quand il nous dit que le gouvernement américain est une menace pour internet.

Facebook a tout pour qu'on le quitte, ses dangers, on les connaît depuis bien longtemps, on sait que c'est un pokedex humain, on sait qu'il censure, on sait qu'ils se font un blé monstre sur notre dos avec nos données personnelles et maintenant, Snowden nous agite sous le nez des preuves que Facebook est aussi un outil de surveillance massive par la NSA.

On sait tout ça, alors pourquoi avoir encore envie d'y rester ? Pourquoi y poster encore autant d'éléments concernant sa vie privée ?
La question est à moitié rhétorique et j'ai bien quelques éléments de réponse. Pour ma part, je dirais qu'on y reste :

  • Parce que FB possède le principal pour qu'on y reste, ses contacts. Et migrer vers une alternative sans ses contacts, c'est un peu comme une raclette sans fromage, une bière sans alcool ou un monde sans chocolat.
  • Parce que les gens ne sont pas au courant. Pourtant l'affaire Prism a apportée quelque chose de positif, une portée médiatique sans précédent. Sérieusement, comment ne pas être au courant ?
  • Parce que les gens ne réalisent pas et parce qu'ils n'ont pas pris conscience. Ce qui se traduit souvent par un "j'm'en fous que la NSA connaissent la couleur de mon caleçon" sans se rendre compte que ça va bien au delà de ça.
  • Parce que les gens ne pensent pas avoir les bagages techniques pour s'émanciper. Et ils auront sûrement raison pour certains points et tord pour d'autres. Reste qu'on a toujours quelqu'un qui s'y connaît qui pourrait mutualiser un truc pour son entourage (mais je reviendrais là dessus dans un autre article).
  • Ah, et aussi parce qu'il y a des jeux rigolos (/sarcasme).

Ce qui m'amène à repenser à ce que disait Jérémie Zimmerman lors de son speech à Pas Sage en Seine 2013 (vers 15'50 de la vidéo) :

Je pense que là on a une responsabilité, on a un devoir en tant qu'individu. A partir du moment où on a compris cela, ne pas propager ses valeurs, ne pas propager ses idées, ne pas travailler activement à faire prendre conscience de cela et ne pas aider les uns et les autres à prendre en main ces technologies, c'est laisser faire ce choix de société du contrôle absolu par ces quelques entreprises et toutes les institutions nourries aux contrats des marchands de canons qui les contrôlent.

Évidemment qu'il y a cette envie d'emmener tous ses contacts vers d'autres horizons plus respectueux et plus libres, mais parfois, on se dit que le boulot d'éducation est tellement énorme, que la résistance de ses contacts à tout apprentissage numérique est tellement gigantesque (« ouais t'façon, tu sais, moi j'y comprends rien en informatique »), qu'on en est dépité, blasé et démotivé. Pourtant on est quand même assez nombreux, on est pas seul dans notre coin à avoir pris conscience, et je suis content de voir cette effervescence positive autour de Prism. Mais j'ai l'impression que le gros de la population s'en fout, ça a l'air d'être tellement abstrait et fataliste pour le grand public. Pourtant, je comprends volontiers qu'en cette période maussade, ce ne soit pas une priorité pour un certain nombre, je peux aussi comprendre que quelqu'un qui sache conduire ne veuille pas mettre les mains dans le cambouis et n'ait pas l'ambition de devenir mécano. Tout ça, je peux le comprendre. Mais ce que je déplore, c'est le manque de curiosité, le manque de réflexion, voir le manque d'intérêt pour ses propres données personnelles, pour les parcelles d'intimités et de vie privée que chacun donne volontairement à des entreprises commerciales qui se font du business avec.

En fait, il y a peut-être une autre raison à laquelle les gens restent sur Facebook. Le manque d'alternatives viables. Oh, il y en a des alternatives, Friendica, Diaspora*, Movim pour ne citer qu'elles. Mais elles ne fédèrent pas autant que Facebook.

En tous cas, je tenterais le coup quand même en montant un pod Diaspora* ou Friendica. Malgré que j'ai bien conscience que les quelques personnes qui s'inscriront par curiosité ne persévéreront certainement pas, tout ce qu'on peut faire avec ces réseaux, on peut le faire avec Facebook et en plus, ya des jeux rigolos sur Facebook.

Bref, je suis un peu tout colère

Enfin, bref. « Mes photos personnelles n'ont rien à foutre sur les serveurs d'une entreprise américaine », c'est la réponse que j'ai donné à quelqu'un qui m'avait fait remarquer que je n'avais aucune photo de ma gueule sur Facebook. Mais j'aurais pu très bien titrer ce bout de texte, « Manifeste pour embarquer ses chums vers des horizons plus libre ».

Parce que j'ai encore envie d'y croire, j'ai envie de croire qu'une alternative libre, décentralisée, respectueuse et user-friendly sorte du lot, j'ai encore envie de croire que la masse de gens qu'on appelle le grand public et les néophytes se sortent les doigts du cul pour apprendre. Et malgré les essais que j'ai pu lire sur les comportements des foules (Gustave Le Bon entres autres), j'ai encore envie d'espérer, peut-être naïvement, avec un soupçon d'utopie, mais si on n'y croit plus, autant partir vivre reclus dans une grotte.

Parce que le pire, c'est qu'il y a des alternatives et des solutions.

Photo de Julian Assange, Keep fighting

En fait, ce blabla, j'avais commencé à l’écrire début août 2013 en pensant à mes quelques contacts Facebook qui seraient susceptible d'aller le lire par curiosité. J'ai bien conscience que je râle régulièrement sur Facebook tout en continuant de l'utiliser, même avec parcimonie. Mais un jour, je pense que j'en aurais tellement marre que j'en viendrais à fermer mon compte, et chie d'dans pour ceux qui veulent rester dans leur prison dorée, ce sera pas faute d'avoir prévenu.

Merci d'avoir lu jusqu'au bout.

PS : Évidement, Facebook n'est pas le seule entreprise à boycotter, Google, Microsoft, Amazon, Paypal et Apple ne valent pas mieux.

Notes

[1] IRL > In Real Life

[2] "Don't be evil" était l'ancienne devise de Google

[3] Page Wikipedia d'In-Q-Tel

Tempête dans un verre d'eau

Free a encore réussi à faire parler de lui en ce début d'année. Une histoire de mise à jour des Freebox Revolution (v6) et de pubs bloquées qui a réussi à me faire rire pendant quelques jours. "It has made my day for fews days" comme dirait l'autre. Free aime remuer la merde.

Deux semaines après, Free venant tout juste de réactiver l'option en opt-in, et j'ai finalement eu moi aussi envie de troller publier mon avis sur mon petit coin de blog. Avis qui se trouve être un melting-pot un peu décousu mais largement pompé de ce que j'ai écrit ailleurs en privé. Même pas honte. Mais ouais, je sais, j'arrive quand même un peu après la bataille. Pas grave.

Je ne résume pas les faits, cela a déjà très largement été couvert sur le web français. Mais cette histoire m'a fait rire. Rire de voir une frange de webmasters donner l'impression qu'ils assistaient à un égorgement de chatons sur la place publique par Free.
Censure, neutralité, mort de l'internet libre et mort de l'internet tout court ont quasiment été leurs seuls mots à la bouche. Xavier Niel, après avoir été le Chevalier Blanc des chaumières connectées, était devenu le grand méchant loup des gentils webmasters qui inondent le web français de leurs zolis articles gratuits. /sarcasmes

Disclaimer : Attention, certains liens de l'article peuvent présenter des sites dégorgeant de pubs qui clignote, sortez couvert.

Censeur ! Fachiste ! Bachibouzouk ! Tueur de bébés phoques !

"Free porte atteinte à la neutralité du net !" Pendant quelques jours, c'était sûrement l'argument le plus scandé et le plus ressassé, celui qui était sur toutes les lèvres.
Bah ouais mais en fait nan, c'est pas aussi tranché que ça ne peut le laisser paraître. Benjamin Bayart l'explique mieux que je ne peux le faire mais il n'y a pas de censure à proprement parlé, comme il n'y a pas de neutralité du net bafouée.

La neutralité du net en une image

Certes, ce bloqueur de pub modifie les sites visités sauf que : une v5 ? Pas de blocage. Remplacer la box par un modem ? Pas de blocage. Et surtout c'était désactivable très facilement par l'utilisateur et donc sous son contrôle. C'est en périphérie du réseau, rien n'est imposé, le réseau est donc neutre. Les seuls points noirs, je le concède volontiers, c'était l'opt-out (j'aime vraiment pas les opt-out) et l'absence de communication de la part de Free. Autre chose qui pourrait vaguement faire polémique, c'est l'utilisation d'une technique relativement "bas niveau", à savoir le DNS menteur.
En fait, c'est juste affolant de voir la démagogie qu'on a pu lire en quelques jours. Numerama (site avec lequel je suis pourtant en accord sur les idées qu'ils défendent habituellement), a, par exemple, cherché à défendre son steak (ce qui reste tout à fait honorable) en prétextant censure, internet chinois et problèmes démocratiques (ce qu'il l'est moins). Si ces problèmes soulevés par l'option de Free ne sont pas complètements inexistants, l’insistance et le martelage est quelque peu affligeant. Cela me fait d'autant rire que certains (Numerama, toujours eux) annoncent que Free vient de démontrer aux législateurs qu'on pouvait filtrer le net. Bah euh... ouais, mais nan hein, le filtrage par DNS existe déjà en France (sites de jeux en ligne), d'ailleurs Numerama a largement couvert ces news...
Le lulz a encore frappé.

Sur le coup, le problème de ces gens n'était pas tant la neutralité, qui d'un coup d'un seul était devenu l'étendard de toute une bande d'anarchistes libertaires protégeant la liberté d'expression du vil capitaliste (quoi ? comment ça je caricature ?). Ce s'rait d'ailleurs bin nouveau que l'opt-out facilement désactivable deviennent subitement un moyen de censure. Tiens, d'ailleurs, je prends note qu'il faudrait demander aux Chinois si ils ont un opt-out sur leur Internet. Des fois que...
Nan, finalement le vrai fond du problème pour eux, c'était bien les sous, l'argent, la maille, la thune, le fric, la monnaie, le blé, le grisbi, le pognon, le cash, le foin, l'oseille. 'fin bref, vous m'avez compris.

Méchants webmasters vils et corrompus ! Méchants !

Oh, je sais très bien qu'un serveur dédié pour ceux qui font beaucoup de trafic se paye cher, très cher même. Je comprends aussi très bien que le blocage de la publicité crée une perte (ou une absence) de revenu, je ne pense pas être complètement idiot, pas encore, il me reste un neurone ou deux à agiter. Et je sais aussi très bien que rien n'est 100% gratuit, sur le web ou ailleurs, tout a un coût, qu'elle que soit la ressource, humaine, matérielle ou temporelle. Mais si j’essaie de me servir des quelques neurones restants (on fait ce qu'on peut), 25M d'abonnés en France, 5 pour Free, combien de v5 encore en circulation ? et combien de clics rémunérés sur cette proportion de la population qui va utiliser ce Free Adsense Block ? (me semble que la régie Google fonctionne encore au clic). La chute du CA aurait sans doute été toute relative, ou alors, j'ai une méconnaissance complète du marché de la publicité en ligne.

J'aurais tout de même aimé une certaine transparence des gros sites (gros en terme de traffic) sur leurs revenus publicitaires. Par curiosité. Et j'aurais vraiment aimé voir à terme l'impact réel de l'adgate de Free. Une étude grandeur nature sur la pub en ligne, ça aurait pu être cool. :o)

Je serais également curieux de savoir si tous ces gens qui hurlent tels des chatons torturés ont un Adblock installé sur leurs propres navigateurs. Malheureusement, je ne suis pas complètement sûr d'obtenir des réponses franches, ou alors le sempiternelle "ouais, mais je l'désactive pour les sites que je soutiens" (Ha. Ha. Ha. Très drôle.). Bizarrement, j'aurais tendance à penser que oui, ces gens ont un Adblock installé, au moins pour une bonne, voir très bonne, partie d'entre eux. Et comme le dit Pingoo, "Pourquoi ce serait cool pour vous, et pas pour le grand public ?".
Cela me fait d'autant plus sourire que des gens comme Korben râle (gentiment sous couvert d'article ironique) alors qu'on peut trouver sur son site des how-to pour court-circuiter le contenu de service comme Spotify.... Cherchez l'erreur. Je cite ce how-to parce que c'est le premier exemple qui me vient en tête et je ne juge d'ailleurs même pas ces articles là. Mais ça me désole surtout que des gens dénonçant les pratiques des majors et des DRMs ressortent de la même manière les arguments que l'industrie du divertissement nous a balancée lorsqu'elle a vu son business model s'effriter et voir même pour certains en proposant les mêmes solutions. Parce qu'entre nous, ce script anti-freenaute n'est qu'un vulgaire DRM qui sera tout aussi inefficace et qui fera tout aussi chier des gens qui n'ont rien demandés. Alors, ironie ou hypocrisie ?

Mauvaise foi, quand tu nous tiens.

D'ailleurs scander que de nombreux sites vont mourir, c'est un peu useless nan ? Je le disais déjà pour le fin de Megaupload, mais la création ne crèvera pas, pas parce qu'il sera moins facile de la monétiser, tout comme les centaines de milliers de musiciens n'arrêteront pas de faire de la musique. Les majors nous ont déjà fait le coup en essayant de nous faire croire que les petits artistes (en terme de popularité et non de talent) vont mourir de faim et faire la manche. "La pub (...) permet surtout à des millions de petits sites d’exister et de payer les frais" peut-on lire chez Presse-Citron. Le coût d'un "petit" site c'est quoi en oseille ? 30€ par an pour un serveur mutualisé... Je dis pas que ces "petits" sites ne doivent pas rembourser leurs frais, je dis juste que ce n'est pas ça qui les fera mourir.
D'ailleurs si les sites à fort traffic venaient vraiment à mourir sans chercher à renouveler leur modèle d'une manière ou d'une autre. Honnêtement, qu'ils crèvent, j'avoue, pour la plupart (genre pas Owni), je m'en fout, même si j'en ai encore certains dans mon agrégateur RSS. Ça peut paraître violent, voir égoïste de s'en foutre, mais une bonne partie de ces sites ont vu leur qualité se dégrader un poil au fil du temps. Je ne veux certes pas mettre tout le monde dans le même panier (ok, c'est un peu ce que je fais), mais lire une dépêche AFP ou une news pompée sur un quelconque site US, la recopier en brodant 10 à 20 lignes en en donnant à peine plus que les chroniques pseudo high-tech des grands médias traditionnels, le tout en se gavant de pubs, parce que, forcément, ce sont ces sites qui ont le plus de trackers. Euh.... ouais, je caricature un peu mais comment dire, moyen moyen quand même.

Plusieurs problématiques pour dans les ténèbres les lier

Je ne cherche pas à défendre Free. Tout le monde s'en ait douté, leur but dans l'histoire, et je pense que le blocage du script Analytic est assez révélateur, c'est bien de faire chier Google, en prenant en otage les webmasters (parce que les abonnés Free, eux, ne le sont pas dans l'histoire) et leur méthode est clairement discutable, un poil borderline et carrément rentre-dedans. Ce qui est vraiment révélateur là dedans, c'est cette guéguerre Free vs Google, cette volonté de vouloir faire imposer une facturation des deux bouts de la chaîne (éditeurs et internautes). Jalousant les revenus insolents de Google, et sur un hypothétique encombrement des réseaux dont on parle depuis des années mais dont on ne sait rien, Free part du principe qu'il n'a pas à transporter la merde de Google sans recevoir quelques deniers, hors cette rente est censé déjà être payée par l'abonnement de l'internaute (voir la conférence Minitel 2.0 de Benjamin Bayart, il y explique ça très bien. [1]).

Le truc dangereux dans cette affaire, ce n'est pas que les webmasters geignent ou que quelques sites crèvent. Nan, le truc dangereux, c'est que le net (et par extension le web) ne deviennent qu'un champ de bataille entre pachydermes, ne laissant que peu de chances à de nouveaux acteurs innovants de se faire une place et en ne laissant que peu de libertés aux utilisateurs (en les enfermant dans des bulles commerciales). Et c'est ce qui se produit doucement depuis quelques années.
J'ai beau me moquer de Numerama qui pleure mais j'avoue volontiers, comme je le disais plus haut, que les problématiques de neutralité et de probables dérives ne sont pas inexistantes. Ce n'est pourtant pas directement le blocage des pubs qui est en cause comme le laisse penser Numerama, lui n'étant qu'un effet de bord, mais bien cette bataille de géants du net. Neelie Kroes, commissaire européenne chargée de la stratégie numérique, a d’ailleurs réagi de manière déplorable dans une tribune sur Libération en admettant en filigrane qu'un filtrage du net par les opérateurs pourrait avoir un impact positif sur les consommateurs via, je cite, "des offres internet limitées, plus différenciées". Hors, là, elle préconise l’internet à 2 vitesses et ce danger de combat de pachydermes et de tueurs d'innovation que je citais plus haut.
"Just shut up Neelie".

Et là dedans, il y a le pauv'pitit Google transformant les zentils webmasters en vulgaires hommes-sandwich.

Bon, non, je ne cherche pas plus à défendre Google qui annonçait perdre 1M d'euros par jours avec cette mesure. Cela me parait d'ailleurs être un chiffre lancé à la va vite, pour impressionner. En admettant, comme on pouvait le lire à droite et à gauche, qu'ils aient en France un chiffre d'affaire annuel d'un 1,6 milliard, cela donne du 4M et des brouettes journaliers, 20% d'abonnés Free en France, ça fait, théoriquement, 876k par jours. On est certes pas si loin du million mais c'est en comptant l'ensemble des freenautes alors que, je le répète, seules les v6 étaient touchées, et c'est aussi omettre les autres apports financiers, comme les commissions Checkout par exemple. Pis avec 37,91 milliards de $ de CA (EDIT : 50 milliards en fait) , on peut de toute façon vite relativiser ces chiffres.
Quoi qu'il arrive, le gagnant dans l'histoire restera très certainement le géant de Mountain View. Pas qu'il ait une force de frappe impressionnante envers Free, mais l’absence des freenautes ne le ferait pas vaciller. Au mieux, ils feront une concession au prorata de ce qu'ils peuvent gagner, histoire de dégager cette petite épine qui lui picote le pied.

Et là au milieu de cette guéguerre de gros sous, il y a l'internaute lambda, le grand public ou Mme Michu, comme on aime bien l'appeler, qui ne réfléchie pas toujours plus loin que le bout de mon nez et qui de toutes façons "n'y comprend rien aux ordinateurs". Elle, qui effectivement participe fortement au succès de sites merdiques blindés de pub de la même manière qu'elle fait l'audimat de TF1 et de M6. Mais les Michu, qui n'aiment pas la pub qui veulent que tout soit gratuit, ce qu'ils font, c'est juste donner leur temps de cerveau disponible, c'est leur manière de payer tous ces sites.
Et c'est ce qui me dérange avec le business model de la pub, le temps de cerveau disponible à mettre en parallèle avec le pillage de nos vies privées, une spécificité de la pub en ligne via un tracking omniprésent. Tant que je verrais Ghostery capable de bloquer jusque 9 trackers, voir plus sur certains sites (coucou Korben), je ne désinstallerais pour rien au monde mon quarté Adblock/NoScripts/Ghostery/Flashblock. Je trouve que c'est quand même dingue d'en arriver à installer autant d'extensions pour avoir un tant soit peu de tranquillité sur le web.

Hey ! D'ailleurs, j'y pense. C'est peut-être moi en fait, le parasite avec mes bloqueurs de pubs/trackers et mes goinfreries de contenus gratuits.

*réfléchit 2 min*

Mmm, mouais finalement nan. Pas sûr que vouloir protéger un minimum de vie privée fasse de moi un parasite, d'autant plus que je sors la CB assez facilement pour du contenu qui me plait, vraiment (Bandcamp, Humble Bundle par exemple).

En fait, l'avantage de cette affaire, c'est d'avoir ouvert un débat. Un débat sur la Neutralité du Net qui dans ses tenants et aboutissants va un poil plus loin que cette hilarante affaire d'adgate. Fleur Pellerin aura beau essayer d'organiser des rencontres pour trouver des compromis, je doute qu'elle ou même l'ARCEP ait les couilles de vraiment bouger les choses, de toute manière Google n'était, il me semble, pas convié et c'est sûrement pourtant eux qui aurait pu faire quelque chose mais bon, il est clair que ce n'est pas dans leur intérêt de voir évoluer un modèle duquel dépend le plus gros de leur chiffre d'affaire.
Après je sais très bien qu'il n'y a que peu de modèles économiques qui fonctionnent pour un site web. Mais baser uniquement son CA sur la pub est trop fragile. Être esclave et si dépendant d'une régie de pub devrait forcer à diversifier ses revenus. Je n'ai aucun soucis à voir un site monétiser son temps de travail mais baser ses revenus sur une industrie qui devient de plus en plus intrusive et nuisible, qui espionne les utilisateurs à leur insu et qui ne cherche finalement qu'à monétiser ce temps de cerveau disponible, je réponds bof.
Finalement, on peut dire que c'est la peur de voir des milliers de Français apprendre l'existence d'une possibilité de bloquer les pubs que tous ces webmasters ont chouinés, pour protéger un business model qui se base aussi sur l'ignorance, l'ignorance des gens a être capable de bloquer les nuisances du net. Je ne sais pas vous mais je trouve qu'il y a quand même quelque chose de bien malsain et de bien pourri dans ce royaume de la réclame en ligne. Et c'est un sujet sur lequel, j'ai du mal de faire mauvaise fortune, bon cœur.

Fin de l’épisode, next

Free en réactivant son option en opt-in me donnent un peu l'impression de se la jouer à la "ouais nan, c'était pas pour faire chier Google, vous voyez on vous a écouté, on l'a mis en opt-in !". Chépa, et si tous les internautes l'activaient ou installaient des Adblock ? Il se passera quoi ?

D'autre part, je me pose tout de même une question à propos d'Adblock+, une question toute conne mais un peu trollesque sur les bords. Free ne bloquait que les pubs Google parce qu'ils sont en désaccord, mais pourquoi Adblock+ ne bloque pas les pubs Google par défaut ? Vous savez, cette petite option désactivée par défaut qui ne laisse passer que les pubs soit disant non-intrusive mais qui en fait ne laisse passer quasiment que les pubs Google. C'est parce qu'ils ont un sont en accord ? (EDIT 03/13 : ou pas, EDIT:05/13 : ou p't'etre que si finalement.) Nan, parce que dans le genre intrusif, Google est pas mal quand même...

Bref, j'ai beau avoir usé et abusé de sarcasmes dans mon pavé un peu décousu et mal écrit, mais il est clair qu'il y a un problème avec la pub et que je n'apprécie pas qu'un opérateur altère volontairement le net et sans mon consentement, opt-out ou pas. Ce sont ces étalages d'hypocrisie et de réactions too much qui m'ont vraiment fait rire.

Finalement Free a vraiment égorgé des chatons sur la place publique.

EDIT 03/2013 : Un article dénonçant la virulence de Numérama sur le sujet.

Note

[1] La vidéo et les transcription textuelles de la conférences sont aussi dispo sur le site de FDN

Du déclin de la culture geek

Il y a quelques mois, je lisais un article assez long du Monde sur les impressions du fils Tolkien en rapport à l'œuvre de son père et de la folie qu'elle a engendrée.

Avec du recul, c'est impressionnant l'impact qu'a pu avoir Tolkien sur la culture mondiale. Impressionnant au point qu'elle a eu un impact non négligeable sur la poussée commerciale (les films de Jackson n'y sont clairement pas étrangers) de la culture geek. Et y aurait des parallèles chronologiques à faire entre les succès des bouquins et le premier palier du succès de la culture geek (années 60), ou des films et de l'explosion de cette culture en général (années 2000). Là où on avait, y encore quelques années, une contre-culture, elle s'est vue transformer en culture de masse limite trendy. Et ça, j'avoue, je ne sais pas trop quoi en penser.

En fait, ça fait un moment que les films sur Bilbo ne m'inspirent que moyennement. Cet engouement n'y est indirectement pas étranger et l'article n'a rien rassuré. Me souviens que j'avais été vachement jouasse à l'annonce de la mise en chantier des premiers films ya plus de 10 ans (bordel, Peter Jackson quoi !). Et à l'inverse de Tolkien fils, je les trouve plutôt bons. Peut-être uniquement divertissant certes, mais du divertissement avec du ressentis tout de même.

Finalement c'est peut-être ça le souci, uniquement du divertissement, et on pourrait facilement extrapoler sur sa prédominance dans notre société. Reste que le paragraphe sur la portée philosophique partie en fumée avec l'arrivée en masse des goodies est assez significatif de notre société actuelle et de son consumérisme. En fait, c'est pour ce genre de truc que je ne sais pas quoi penser de la montée de la culture geek et c'est ici même que je vois un déclin. Voir une culture qu'on porte depuis des années aboutir à une certaine estime est agréable, et j'aime quand le public s'approprie une œuvre. Mais sans jouer l'élitiste, l'arrivée en tant que culture de masse a quand même souvent fortement tendance à dénaturer le truc, à le rendre insipide. Mais ça c'est plutôt mon côté schizo qui parle. :)

Enfin bref, si je retiendrais qu'une phrase de l'article, c'est celle ci : "Tolkien est devenu un monstre, dévoré par sa popularité et absorbé par l'absurdité de l'époque".

Autopsie d'une envie

Il faut le dire, ça faisait un moment que j'avais envie d'ouvrir ce blog. Enfin, celui là. L'idée était là quoi, la forme restait à faire. Juste le résultat de l'envie d'un truc pour regrouper mon besoin de publier dans un endroit qui n'est pas dédié au dessin. Quelque chose de plus personnel que des forums, des tchats, du réseau social, ou que sais-je. Cela ne remplacera d'ailleurs pas ces autres canaux d'échanges, mais ça comblera ce que je n'ai jamais réussi à exprimer pleinement par le dessin, à savoir culture, geekerie linuxienne, réflexions, politique, société, enfin ce genre de cochonneries.

/bouh

Pour ceux qui ont un peu suivi de loin mes travaux en dessin (il y a des fous partout), oui, il y avait déjà l'autre blog, celui qui hiberne depuis des mois et des mois. Cela n'a pas toujours été le cas, mais il restera destiné au gribouillage. L'un n'a pas vocation de remplacer l'autre, je n'ai pas perdu l'envie de dessiner.
Enfin, pas tout à fait. Parce que la motivation a beau être partie vagabonder vers des contrées lointaines pendant 1 an (voir 2 en fait), même absente, elle hante et finit par revenir au bercail. Ceci en grande partie grâce à mes vadrouilles sur le web.
J'ai beau être mauvais, voir le talent de certains a quelque chose de motivant (ou de déprimant selon les jours) et je me dis que merde, j'ai encore des trucs à gribouiller. En fait, j'ai mal géré ma motivation et les buts que je voulais atteindre en dessin. J'ai eu les yeux plus gros que le stylet de ma graphette et je dois maintenant réapprendre le simple plaisir de dessiner. Just for fun comme dirait l'autre.

'fin bref ! Tout ça pour dire que l'autre blog n'est pas mort, juste en suspend provisoire à durée indéterminé. Pis, j'y ai publié des choses que je voulais pas spécialement voir là bas, du coup, du ménage y a été fait, même si j'y ai laissé encore quelques horreurs. Certains trucs qui étaient plus textuels seront peut-être republié ici.

It's free !

En fait, il y aura peut-être un article toutes les 42 pleines lunes sur le dev/null. Peut-être même que ce blog sera aussi sous perfusion dans 6 mois. Mais j'avoue, je m'en fous. Je pars sans but autre qu'écrire du pavé (ou pas). J'ai tout de même presque 3 dizaines d'articles en brouillon, leurs publications dépendront du temps disponible, de la motivation et de ma procrastination. Je vais même pas foutre d'outils de statistiques (EDIT 2014 : Raté !), je me fous aussi de savoir combien il y aura de visiteurs, assez peu j'imagine. Pas grave. En fait, j'hésite même à ouvrir les commentaires pour peu qu'il y ait quelques visiteurs qui voudrait gratter une bafouille. Au pire, il existe un truc génial qui est le mail, le message privé (si si, remontez, vous verrez, il y a un lien en haut vers une page de contact), et si c'est suffisamment intéressant, je peux même éditer pour publier le commentaire.

Pis faut le dire, c'est marrant de tenter un truc qu'on a pas l'habitude de faire. Mais par contre, j'aime assez troller, vous voilà prévenu.

Théorie de la couleur, initiation pour la comprendre

NB : Post originellement publié sur nekoblog.org en 2006.

1, Définition

En premier lieu, comme dans tout bon exposé, il est bon de définir le thème, ici notre thème est la couleur, et voilà ce que nous dit mon dictionnaire Hachette :

"Couleur: 1, Impression produite sur l'œil par les diverses radiations constitutives de la lumière.", un paragraphe "physique" nous explique aussi qu'une lumière blanche peut-être décomposé pour obtenir le spectre lumineux (l'arc-en-ciel. Souvenez-vous de vos cours d'optique en physique, si vous en avez fait).

La couleur est donc la perception d'une partie de la lumière blanche (le noir et le blanc ne sont pas des couleurs, l'absence de couleurs pour le 1er, la totalité des couleurs pour le 2nd), caractérisée par sa longueur d'onde électromagnétique (?). Le spectre lumineux est composé de 6 couleurs principales, les 3 primaires, et les 3 complémentaires, chaque couleur ayant une longueur d'onde spécifique, un peu comme en musique où chaque note est une onde sonore caractérisée par sa fréquence (ex: La 440 a pour fréquence 440 Hz). Physiquement, il existe 2 moyens d'obtenir une couleur, la synthèse additive (RVB), et la synthèse soustractive (CMJ) et on peut retrouver ces 2 modes dans vos logiciels graphiques. On va voir maintenant à quoi ils correspondent.

2, RVB, synthèse additive

On appelle "synthèse additive", lorsque on additionne les 3 couleurs primaires (rouge, vert bleu) pour obtenir toutes les autres couleurs.

Schéma synthèse addictive

C'est comme cela que se comporte la lumière, la lumière blanche est donc composé par l'addition des faisceaux rouge, vert et bleu. Par exemple, une lumière jaune est constitué d'une lumière verte & d'une lumière rouge, et une lumière cyan d'une lumière verte & d'une bleue, etc... C'est la méthode utilisé par exemple par votre moniteur d'ordinateur ou votre TV pour afficher les couleurs. Essayez de vous approchez de votre téléviseur (pas trop longtemps pour préserver vos yeux ^^"), vous pourrez voir 3 petits points rouge, vert, bleu pour chaque pixel de votre écran.... Dans l'industrie graphique , on utilise le mode RVB pour tous les travaux destinés ? être affiché par un écran (travaux pour Internet, le multimédia), une TV (travaux pour l'audiovisuel).

3, CMJN, synthèse soustractive

On appelle "synthèse soustractive", comme son nom l'indique, lorsque on soustrait les 3 couleurs complémentaires (cyan, magenta, jaune) de la lumière blanche.

Schéma synthèse soustractive

C'est "la propriété que possède toute surface d'absorber une partie des ondes lumineuses pour ne réfléchir vers notre oeil que la couleur complémentaire des ondes retenues".

Reflexion [1]

C'est le phénomène qui se produit pour les couleurs que j'appellerais "physiques" par opposition à la lumière colorée, par exemple la couleur d'un objet, d'une matière quelconque (votre stylo, un livre, vos mélanges de peinture, un vêtement) ou l'impression de documents. Mais pourquoi CMJN, parce qu'en impression et de façon générale dans l'industrie graphique, on ajoute une 4ème couleur, le noir, c'est la quadrichromie. Effectivement, pour une raison d'économie, on utilise une seule couleur au lieu de 3 pour obtenir le noir, 2nde raison, en pratique il est difficile d'obtenir un noir pur à partir des 3 couleurs complémentaires, on obtient plutôt un brun très foncé... Voilà pourquoi on ajoute le noir en impression. Et dans l'industrie graphique, on utilise le mode CMJN pour tous les travaux destinés à être imprimer (travaux pour la presse par exemple).

4, Le cercle chromatique

"Le cercle chromatique est une représentation des différentes teintes que l'on peut obtenir en mélangeant deux couleurs sur les trois de base choisies comme références".

Cercles chromatiques

On peut compléter ces cercles par un disque de saturation, la saturation est la quantité de gris dans une couleur.

Cercles saturation

Ça vous dit quelque chose ? Peut-être la représentation des couleurs dans votre logiciel de retouche d'image ? Exact, dans Photoshop, par exemple, ce carré de couleurs est une variante, où l'on peut trouver en abscisse, la saturation, et en ordonné, la luminosité, et la teinte dans la jauge.

Exemple sous Photoshop

Dans Corel Painter, c'est similaire, la saturation se trouve en ordonné dans le selecteur de couleur, la teinte en abcisse, et la luminosité dans la jauge à droite.

Exemple sous Painter

5, Chiffrage universel de la couleur

La couleur pour les besoins d'une communication précise entre les différents acteurs de la chaine graphique a besoin d'être quantifié et donc chiffré. On utilise pour cela un chiffrage hexadécimal (de 0 à F par opposition au chiffrage décimal, celui qu'on utilise nous pour compter, de 0 à 9) qui est le chiffrage utilisé par l'ordinateur. On ne va pas apprendre ici à compter en héxa, cela fera peut-être l'objet d'un autre tuto dans la catégorie informatique... Chaque quantité de couleur représenté est chiffré par une valeur hexadécimale de 00 ? FF, transcrit en décimal, cela donne des valeurs comprise entre 00 et 255. La valeur suivant le # est le code couleur héxa composé des 3 quantités de couleurs en héxa. Exemple: #F5E4BB comprend une valeur F5 de rouge (245 en décimal), E4 de vert (228 en décimal) et BB de bleu (187 en décimal)

F5E4BB

/!\ Attention : cette notation correspond à une quantité de couleur et pas à une quantité de lumière, si cela serait une quantité de lumière on aurait pour une valeur #FFFFFF du blanc, alors qu'on a ici du noir, et pour une valeur #000000 du noir (absence de lumière) alors qu'on a ici du blanc...

Voilà pour une première initiation un peu succincte certes, mais en fouillant le net vous pourrez trouver des cours nettement plus complet sur la couleur.. Dans un prochain tuto, on verra ensemble le réglage du moniteur pour un bon affichage des couleurs et les profils couleurs.

Des questions ? N'hésitez pas à laisser des commentaires !

Source: Colorisation de BD du traditionnel au numérique (Stéphane BARIL & NAITS, Édition Eyrolles), & www.psill.net

Note

[1] Image tiré du livre "Colorisation de BD du traditionnel au numérique".