Free a encore réussi à faire parler de lui en ce début d'année. Une histoire de mise à jour des Freebox Revolution (v6) et de pubs bloquées qui a réussi à me faire rire pendant quelques jours. "It has made my day for fews days" comme dirait l'autre. Free aime remuer la merde.

Deux semaines après, Free venant tout juste de réactiver l'option en opt-in, et j'ai finalement eu moi aussi envie de troller publier mon avis sur mon petit coin de blog. Avis qui se trouve être un melting-pot un peu décousu mais largement pompé de ce que j'ai écrit ailleurs en privé. Même pas honte. Mais ouais, je sais, j'arrive quand même un peu après la bataille. Pas grave.

Je ne résume pas les faits, cela a déjà très largement été couvert sur le web français. Mais cette histoire m'a fait rire. Rire de voir une frange de webmasters donner l'impression qu'ils assistaient à un égorgement de chatons sur la place publique par Free.
Censure, neutralité, mort de l'internet libre et mort de l'internet tout court ont quasiment été leurs seuls mots à la bouche. Xavier Niel, après avoir été le Chevalier Blanc des chaumières connectées, était devenu le grand méchant loup des gentils webmasters qui inondent le web français de leurs zolis articles gratuits. /sarcasmes

Disclaimer : Attention, certains liens de l'article peuvent présenter des sites dégorgeant de pubs qui clignote, sortez couvert.

Censeur ! Fachiste ! Bachibouzouk ! Tueur de bébés phoques !

"Free porte atteinte à la neutralité du net !" Pendant quelques jours, c'était sûrement l'argument le plus scandé et le plus ressassé, celui qui était sur toutes les lèvres.
Bah ouais mais en fait nan, c'est pas aussi tranché que ça ne peut le laisser paraître. Benjamin Bayart l'explique mieux que je ne peux le faire mais il n'y a pas de censure à proprement parlé, comme il n'y a pas de neutralité du net bafouée.

La neutralité du net en une image

Certes, ce bloqueur de pub modifie les sites visités sauf que : une v5 ? Pas de blocage. Remplacer la box par un modem ? Pas de blocage. Et surtout c'était désactivable très facilement par l'utilisateur et donc sous son contrôle. C'est en périphérie du réseau, rien n'est imposé, le réseau est donc neutre. Les seuls points noirs, je le concède volontiers, c'était l'opt-out (j'aime vraiment pas les opt-out) et l'absence de communication de la part de Free. Autre chose qui pourrait vaguement faire polémique, c'est l'utilisation d'une technique relativement "bas niveau", à savoir le DNS menteur.
En fait, c'est juste affolant de voir la démagogie qu'on a pu lire en quelques jours. Numerama (site avec lequel je suis pourtant en accord sur les idées qu'ils défendent habituellement), a, par exemple, cherché à défendre son steak (ce qui reste tout à fait honorable) en prétextant censure, internet chinois et problèmes démocratiques (ce qu'il l'est moins). Si ces problèmes soulevés par l'option de Free ne sont pas complètements inexistants, l’insistance et le martelage est quelque peu affligeant. Cela me fait d'autant rire que certains (Numerama, toujours eux) annoncent que Free vient de démontrer aux législateurs qu'on pouvait filtrer le net. Bah euh... ouais, mais nan hein, le filtrage par DNS existe déjà en France (sites de jeux en ligne), d'ailleurs Numerama a largement couvert ces news...
Le lulz a encore frappé.

Sur le coup, le problème de ces gens n'était pas tant la neutralité, qui d'un coup d'un seul était devenu l'étendard de toute une bande d'anarchistes libertaires protégeant la liberté d'expression du vil capitaliste (quoi ? comment ça je caricature ?). Ce s'rait d'ailleurs bin nouveau que l'opt-out facilement désactivable deviennent subitement un moyen de censure. Tiens, d'ailleurs, je prends note qu'il faudrait demander aux Chinois si ils ont un opt-out sur leur Internet. Des fois que...
Nan, finalement le vrai fond du problème pour eux, c'était bien les sous, l'argent, la maille, la thune, le fric, la monnaie, le blé, le grisbi, le pognon, le cash, le foin, l'oseille. 'fin bref, vous m'avez compris.

Méchants webmasters vils et corrompus ! Méchants !

Oh, je sais très bien qu'un serveur dédié pour ceux qui font beaucoup de trafic se paye cher, très cher même. Je comprends aussi très bien que le blocage de la publicité crée une perte (ou une absence) de revenu, je ne pense pas être complètement idiot, pas encore, il me reste un neurone ou deux à agiter. Et je sais aussi très bien que rien n'est 100% gratuit, sur le web ou ailleurs, tout a un coût, qu'elle que soit la ressource, humaine, matérielle ou temporelle. Mais si j’essaie de me servir des quelques neurones restants (on fait ce qu'on peut), 25M d'abonnés en France, 5 pour Free, combien de v5 encore en circulation ? et combien de clics rémunérés sur cette proportion de la population qui va utiliser ce Free Adsense Block ? (me semble que la régie Google fonctionne encore au clic). La chute du CA aurait sans doute été toute relative, ou alors, j'ai une méconnaissance complète du marché de la publicité en ligne.

J'aurais tout de même aimé une certaine transparence des gros sites (gros en terme de traffic) sur leurs revenus publicitaires. Par curiosité. Et j'aurais vraiment aimé voir à terme l'impact réel de l'adgate de Free. Une étude grandeur nature sur la pub en ligne, ça aurait pu être cool. :o)

Je serais également curieux de savoir si tous ces gens qui hurlent tels des chatons torturés ont un Adblock installé sur leurs propres navigateurs. Malheureusement, je ne suis pas complètement sûr d'obtenir des réponses franches, ou alors le sempiternelle "ouais, mais je l'désactive pour les sites que je soutiens" (Ha. Ha. Ha. Très drôle.). Bizarrement, j'aurais tendance à penser que oui, ces gens ont un Adblock installé, au moins pour une bonne, voir très bonne, partie d'entre eux. Et comme le dit Pingoo, "Pourquoi ce serait cool pour vous, et pas pour le grand public ?".
Cela me fait d'autant plus sourire que des gens comme Korben râle (gentiment sous couvert d'article ironique) alors qu'on peut trouver sur son site des how-to pour court-circuiter le contenu de service comme Spotify.... Cherchez l'erreur. Je cite ce how-to parce que c'est le premier exemple qui me vient en tête et je ne juge d'ailleurs même pas ces articles là. Mais ça me désole surtout que des gens dénonçant les pratiques des majors et des DRMs ressortent de la même manière les arguments que l'industrie du divertissement nous a balancée lorsqu'elle a vu son business model s'effriter et voir même pour certains en proposant les mêmes solutions. Parce qu'entre nous, ce script anti-freenaute n'est qu'un vulgaire DRM qui sera tout aussi inefficace et qui fera tout aussi chier des gens qui n'ont rien demandés. Alors, ironie ou hypocrisie ?

Mauvaise foi, quand tu nous tiens.

D'ailleurs scander que de nombreux sites vont mourir, c'est un peu useless nan ? Je le disais déjà pour le fin de Megaupload, mais la création ne crèvera pas, pas parce qu'il sera moins facile de la monétiser, tout comme les centaines de milliers de musiciens n'arrêteront pas de faire de la musique. Les majors nous ont déjà fait le coup en essayant de nous faire croire que les petits artistes (en terme de popularité et non de talent) vont mourir de faim et faire la manche. "La pub (...) permet surtout à des millions de petits sites d’exister et de payer les frais" peut-on lire chez Presse-Citron. Le coût d'un "petit" site c'est quoi en oseille ? 30€ par an pour un serveur mutualisé... Je dis pas que ces "petits" sites ne doivent pas rembourser leurs frais, je dis juste que ce n'est pas ça qui les fera mourir.
D'ailleurs si les sites à fort traffic venaient vraiment à mourir sans chercher à renouveler leur modèle d'une manière ou d'une autre. Honnêtement, qu'ils crèvent, j'avoue, pour la plupart (genre pas Owni), je m'en fout, même si j'en ai encore certains dans mon agrégateur RSS. Ça peut paraître violent, voir égoïste de s'en foutre, mais une bonne partie de ces sites ont vu leur qualité se dégrader un poil au fil du temps. Je ne veux certes pas mettre tout le monde dans le même panier (ok, c'est un peu ce que je fais), mais lire une dépêche AFP ou une news pompée sur un quelconque site US, la recopier en brodant 10 à 20 lignes en en donnant à peine plus que les chroniques pseudo high-tech des grands médias traditionnels, le tout en se gavant de pubs, parce que, forcément, ce sont ces sites qui ont le plus de trackers. Euh.... ouais, je caricature un peu mais comment dire, moyen moyen quand même.

Plusieurs problématiques pour dans les ténèbres les lier

Je ne cherche pas à défendre Free. Tout le monde s'en ait douté, leur but dans l'histoire, et je pense que le blocage du script Analytic est assez révélateur, c'est bien de faire chier Google, en prenant en otage les webmasters (parce que les abonnés Free, eux, ne le sont pas dans l'histoire) et leur méthode est clairement discutable, un poil borderline et carrément rentre-dedans. Ce qui est vraiment révélateur là dedans, c'est cette guéguerre Free vs Google, cette volonté de vouloir faire imposer une facturation des deux bouts de la chaîne (éditeurs et internautes). Jalousant les revenus insolents de Google, et sur un hypothétique encombrement des réseaux dont on parle depuis des années mais dont on ne sait rien, Free part du principe qu'il n'a pas à transporter la merde de Google sans recevoir quelques deniers, hors cette rente est censé déjà être payée par l'abonnement de l'internaute (voir la conférence Minitel 2.0 de Benjamin Bayart, il y explique ça très bien. [1]).

Le truc dangereux dans cette affaire, ce n'est pas que les webmasters geignent ou que quelques sites crèvent. Nan, le truc dangereux, c'est que le net (et par extension le web) ne deviennent qu'un champ de bataille entre pachydermes, ne laissant que peu de chances à de nouveaux acteurs innovants de se faire une place et en ne laissant que peu de libertés aux utilisateurs (en les enfermant dans des bulles commerciales). Et c'est ce qui se produit doucement depuis quelques années.
J'ai beau me moquer de Numerama qui pleure mais j'avoue volontiers, comme je le disais plus haut, que les problématiques de neutralité et de probables dérives ne sont pas inexistantes. Ce n'est pourtant pas directement le blocage des pubs qui est en cause comme le laisse penser Numerama, lui n'étant qu'un effet de bord, mais bien cette bataille de géants du net. Neelie Kroes, commissaire européenne chargée de la stratégie numérique, a d’ailleurs réagi de manière déplorable dans une tribune sur Libération en admettant en filigrane qu'un filtrage du net par les opérateurs pourrait avoir un impact positif sur les consommateurs via, je cite, "des offres internet limitées, plus différenciées". Hors, là, elle préconise l’internet à 2 vitesses et ce danger de combat de pachydermes et de tueurs d'innovation que je citais plus haut.
"Just shut up Neelie".

Et là dedans, il y a le pauv'pitit Google transformant les zentils webmasters en vulgaires hommes-sandwich.

Bon, non, je ne cherche pas plus à défendre Google qui annonçait perdre 1M d'euros par jours avec cette mesure. Cela me parait d'ailleurs être un chiffre lancé à la va vite, pour impressionner. En admettant, comme on pouvait le lire à droite et à gauche, qu'ils aient en France un chiffre d'affaire annuel d'un 1,6 milliard, cela donne du 4M et des brouettes journaliers, 20% d'abonnés Free en France, ça fait, théoriquement, 876k par jours. On est certes pas si loin du million mais c'est en comptant l'ensemble des freenautes alors que, je le répète, seules les v6 étaient touchées, et c'est aussi omettre les autres apports financiers, comme les commissions Checkout par exemple. Pis avec 37,91 milliards de $ de CA (EDIT : 50 milliards en fait) , on peut de toute façon vite relativiser ces chiffres.
Quoi qu'il arrive, le gagnant dans l'histoire restera très certainement le géant de Mountain View. Pas qu'il ait une force de frappe impressionnante envers Free, mais l’absence des freenautes ne le ferait pas vaciller. Au mieux, ils feront une concession au prorata de ce qu'ils peuvent gagner, histoire de dégager cette petite épine qui lui picote le pied.

Et là au milieu de cette guéguerre de gros sous, il y a l'internaute lambda, le grand public ou Mme Michu, comme on aime bien l'appeler, qui ne réfléchie pas toujours plus loin que le bout de mon nez et qui de toutes façons "n'y comprend rien aux ordinateurs". Elle, qui effectivement participe fortement au succès de sites merdiques blindés de pub de la même manière qu'elle fait l'audimat de TF1 et de M6. Mais les Michu, qui n'aiment pas la pub qui veulent que tout soit gratuit, ce qu'ils font, c'est juste donner leur temps de cerveau disponible, c'est leur manière de payer tous ces sites.
Et c'est ce qui me dérange avec le business model de la pub, le temps de cerveau disponible à mettre en parallèle avec le pillage de nos vies privées, une spécificité de la pub en ligne via un tracking omniprésent. Tant que je verrais Ghostery capable de bloquer jusque 9 trackers, voir plus sur certains sites (coucou Korben), je ne désinstallerais pour rien au monde mon quarté Adblock/NoScripts/Ghostery/Flashblock. Je trouve que c'est quand même dingue d'en arriver à installer autant d'extensions pour avoir un tant soit peu de tranquillité sur le web.

Hey ! D'ailleurs, j'y pense. C'est peut-être moi en fait, le parasite avec mes bloqueurs de pubs/trackers et mes goinfreries de contenus gratuits.

*réfléchit 2 min*

Mmm, mouais finalement nan. Pas sûr que vouloir protéger un minimum de vie privée fasse de moi un parasite, d'autant plus que je sors la CB assez facilement pour du contenu qui me plait, vraiment (Bandcamp, Humble Bundle par exemple).

En fait, l'avantage de cette affaire, c'est d'avoir ouvert un débat. Un débat sur la Neutralité du Net qui dans ses tenants et aboutissants va un poil plus loin que cette hilarante affaire d'adgate. Fleur Pellerin aura beau essayer d'organiser des rencontres pour trouver des compromis, je doute qu'elle ou même l'ARCEP ait les couilles de vraiment bouger les choses, de toute manière Google n'était, il me semble, pas convié et c'est sûrement pourtant eux qui aurait pu faire quelque chose mais bon, il est clair que ce n'est pas dans leur intérêt de voir évoluer un modèle duquel dépend le plus gros de leur chiffre d'affaire.
Après je sais très bien qu'il n'y a que peu de modèles économiques qui fonctionnent pour un site web. Mais baser uniquement son CA sur la pub est trop fragile. Être esclave et si dépendant d'une régie de pub devrait forcer à diversifier ses revenus. Je n'ai aucun soucis à voir un site monétiser son temps de travail mais baser ses revenus sur une industrie qui devient de plus en plus intrusive et nuisible, qui espionne les utilisateurs à leur insu et qui ne cherche finalement qu'à monétiser ce temps de cerveau disponible, je réponds bof.
Finalement, on peut dire que c'est la peur de voir des milliers de Français apprendre l'existence d'une possibilité de bloquer les pubs que tous ces webmasters ont chouinés, pour protéger un business model qui se base aussi sur l'ignorance, l'ignorance des gens a être capable de bloquer les nuisances du net. Je ne sais pas vous mais je trouve qu'il y a quand même quelque chose de bien malsain et de bien pourri dans ce royaume de la réclame en ligne. Et c'est un sujet sur lequel, j'ai du mal de faire mauvaise fortune, bon cœur.

Fin de l’épisode, next

Free en réactivant son option en opt-in me donnent un peu l'impression de se la jouer à la "ouais nan, c'était pas pour faire chier Google, vous voyez on vous a écouté, on l'a mis en opt-in !". Chépa, et si tous les internautes l'activaient ou installaient des Adblock ? Il se passera quoi ?

D'autre part, je me pose tout de même une question à propos d'Adblock+, une question toute conne mais un peu trollesque sur les bords. Free ne bloquait que les pubs Google parce qu'ils sont en désaccord, mais pourquoi Adblock+ ne bloque pas les pubs Google par défaut ? Vous savez, cette petite option désactivée par défaut qui ne laisse passer que les pubs soit disant non-intrusive mais qui en fait ne laisse passer quasiment que les pubs Google. C'est parce qu'ils ont un sont en accord ? (EDIT 03/13 : ou pas, EDIT:05/13 : ou p't'etre que si finalement.) Nan, parce que dans le genre intrusif, Google est pas mal quand même...

Bref, j'ai beau avoir usé et abusé de sarcasmes dans mon pavé un peu décousu et mal écrit, mais il est clair qu'il y a un problème avec la pub et que je n'apprécie pas qu'un opérateur altère volontairement le net et sans mon consentement, opt-out ou pas. Ce sont ces étalages d'hypocrisie et de réactions too much qui m'ont vraiment fait rire.

Finalement Free a vraiment égorgé des chatons sur la place publique.

EDIT 03/2013 : Un article dénonçant la virulence de Numérama sur le sujet.

Note

[1] La vidéo et les transcription textuelles de la conférences sont aussi dispo sur le site de FDN